En 2005, après avoir séjourné en région Centre, Sylvie Ungauer s'installe en Bretagne et intègre l'École Supérieure d'Arts de Brest. De bourses d'étude en résidences et autres projets artistiques, le déplacement géographique – en France comme à l'étranger – est omniprésent dans le parcours et l'œuvre de Sylvie Ungauer. Dès le départ, son expérience à l'Akademie Schloss Solitude de Stuttgart suivie de plusieurs séjours en Allemagne s'avèrent riches d'échanges culturels et artistiques qui influencent sa production. L'intérêt qu'elle porte aux problématiques identitaires et féministes s'accompagne de manière plus systématique de réflexions sur la relation à l'«Autre». Sylvie Ungauer développe alors une pratique artistique axée sur l'observation et l'étude des réseaux qui structurent notre société, des relations entre l'individu, son lieu de vie et le monde extérieur. Les collaborations se multiplient. La mise en réseau de différents protagonistes – artistes, professionnels ou amateurs - intervient régulièrement dans la conception et la réalisation de ses œuvres. De la même manière, on note une mixité dans le choix des techniques et matériaux utilisés. Le recours à la vidéo ou à l'outil informatique n'exclut pas la pratique du tissage, du tricot ou de la couture, tandis que les matières de synthèse (résine, fibre optique, latex, silicone) peuvent parfois laisser place à l'utilisation de matériaux de récupération (bandes vidéo usagées, sacs plastiques, vêtements).

Attirée par les systèmes réticulaires qui régissent le monde d'aujourd'hui (réseau Internet, flux d'information, structures moléculaires...) et par la notion d'habitat dans ses dimensions spatiale, temporelle, économique et géographique, Sylvie Ungauer produit des œuvres à échelles variables. Maquettes de ville (Synapse, 2002 – At Home, 2000 – Village, 2000 – Global Village, 1998), sculptures « habitables » (A wig for 3, 2004 – Habits, 2001 – Home, 1998) et œuvres graphiques (Dessins réseaux, 2004 – Cellules, 2004 – Acides, 2003) sont autant de propositions qui matérialisent l'organisation et le déploiement des univers, de l'infiniment grand à l'infiniment petit.

La notion d'interactivité est également au cœur des préoccupations de l'artiste. Dans Déplacés, a moving sculpture (2006) ; Habiter (2001) ou encore Stand By (2001), le public est clairement ou parfois indirectement sollicité et la question de l'espace privé/public comme lieu de rencontre et d'échanges sociaux est mise en évidence via différents modes opératoires tels la performance et la vidéo. Cette volonté d'interaction entre public et œuvre se concrétise également grâce au multimedia. Le dernier projet de Sylvie Ungauer, intitulé Imaginary Landscape (2008), permet au visiteur de générer lui-même une représentation du monde basée sur les flux d'informations français qui circulent sur Internet. L'internaute est invité à s'approprier puis à activer les différentes fonctionnalités du site pour créer un paysage virtuel, une cartographie singulière de notre planète.

Marie Lemeltier, 2009



Home de Sylvie Ungauer
, une exposition personnelle de Sylvie Ungauer au centre d'art Passerelle, à Brest.

Aujourd'hui, la facilité et la rapidité des déplacements, la possibilité de transporter avec soi une part importante de sa vie, et celle de joindre instantanément et de partout les êtres les plus proches, donnent l'impression que l'homme porte avec lui son « chez-soi ». Pourtant, les humains continuent à investir des lieux, ces maisons où ils accumulent des objets, des souvenirs, et retrouvent réellement les êtres qui leur sont chers. Des lieux rattachés à des villes et des villages où ils sont de plus en plus rarement nés, mais dans lesquels ils se construisent, à travers des relations amicales, professionnelles, associatives. Les mobilités professionnelles forcées rappellent combien ces liens et ces lieux peuvent importer, et le traumatisme inhérent à une coupure brutale et involontaire de son environnement, un chez-soi élargi. Pour autant, certains conçoivent aussi un mode de vie itinérant, où les maisons ne sont que les abris temporaires d'une existence mobile, des escales plus ou moins longues d'une vie de cabotage. Quel sens peut-on alors accorder, aujourd'hui, à la notion de « chez-soi » ? Dans les œuvres qu'elle présente au centre d'art Passerelle, à Brest, l'artiste Sylvie Ungauer revient sur ce « home », maison/chez-soi dans son acception anglo-saxonne, dont les formes et la quête la hantent depuis des années. (...)
La totalité de l'article de Camille de Singly sur l'exposition Home au Centre d'art Passerelle, en 2010, est consultable sur le site de la revue Zéro Deux, lire l'article.