De la « psyzzeria » au « pédilove » en passant par le « doga », les dispositifs créés par Anaïs Touchot résultent de la rencontre entre deux espaces aux usages habituellement éloignés (le cabinet du psychanalyste et la pizzeria, le pédiluve et les love hotels). Ces installations, reproduites pour l'exposition sous forme de maquettes, accueillent des chiens amateurs de yoga, des chats qui commercialisent leur douceur, et un public dont le statut oscille entre celui de spectateur·rice et de clientèle. Il peut ainsi lui être proposé de profiter d'une fontaine de jouvence en open bar ; de bénéficier d'une manucure inspirée des chefs-d'œuvre de l'art moderne, ou de faire son shopping au rayon lingerie ou pompes funèbres d'un centre commercial de bric et de broc. À l'aide de matériaux de récupération, l'artiste construit la totalité des environnements – du mobilier à la signalétique – qui accueilleront les visiteur·euse·s. Tout y est pensé afin de créer des interactions avec le public invité à s'engager dans une conversation avec l'artiste afin qu'elle réalise leur portrait sur une pâte à pizza, ou à plonger son visage dans le « sauna facial » mis à disposition au sein de sa station thermale. À travers une multitude d'indications et d'interjections inscrites directement au mur ou peintes sur des panneaux de bois, l'artiste joue – dans ses adresses au public – avec la langue marketée qui habite les centres commerciaux ou les espaces dédiés au bien-être.


Elsa Vettier, 2021
À l'occasion de l'exposition Mauve Zone, exposition des finalistes du Prix du Frac Bretagne - Art Norac 2021

 




« Adepte de la récupération et du recyclage, Anaïs Touchot puise dans l'ordinaire et l'existant la matière de ses réalisations.
Ainsi les matériaux qu'elle emploie (le bois notamment) se plient-ils à la répétition du geste, pour faire, défaire puis refaire dans une dynamique de renouvellement continu, dans un acte de performance revendiqué. Ses oeuvres accordent au corps une place singulière, celui de l'artiste dans l'action (Si j'étais démolisseur, Surfer un arbre)
comme celui du spectateur convié à une forme de participation (Ça sentait la poiscaille, La Universidad del Amor). Elle envisage son rapport à l'art sous la forme d'un défi qu'elle entreprend comme une véritable aventure, nourrie par les rencontres et les contextes, développée dans une forme évidente de modestie. »

Morgane Estève, 2018