Artiste et architecte de formation, Catherine Rannou collabore régulièrement avec des équipes de scientifiques, d'artistes, d'architectes et d'habitants travaillant autour des questions environnementales et sociales. À partir de 1990, ses recherches sur des habitats expérimentaux dans des interstices urbains sont remarquées ; elle est lauréate du concours Europan et ses travaux sont exposés au Centre Pompidou à Paris (1990). En collaboration avec Isabelle Devin, architecte, elle conçoit et réalise dans le Parc de la Villette, le Jardin des Vents (1991) et le Jardin des Dunes (1998), deux séquences de la promenade cinématique du parc de Bernard Tschumi.

Plusieurs résidences sont déterminantes dans ses orientations artistiques. En 1996 à Sarajevo, elle réalise ses premières vidéos autour des ruines contemporaines. Elle utilise l'inventaire, la correspondance et le cadrage pour tenter d'épuiser un lieu et de capter les indices de transformation des espaces. Ses oeuvres prennent souvent la forme d'installations qu'elle expose à partir des années 2000, dans des galeries et des musées. En 2006, elle part en résidence sur l'Astrolabe, le navire de l'Institut Polaire Paul Emile Victor (IPEV), pour se rendre sur la base française antarctique Dumont d'Urville. Elle s'intéresse alors aux édifices mais aussi aux déplacements et flux sur un territoire peu arpenté. Dans le cadre de la villa Médicis hors les murs en Antarctique, elle réalise des correspondances numériques, installations ou oeuvres en ligne, qui prennent la forme de plateformes contributives multi-media. Elles seront réalisées à nouveau en arctique à Igloolik (2011) puis à Tristan da Cunha pour la mission scientifique Isolde (2012).

En 2014, Catherine Rannou conçoit « L'Agence Internationale », un projet artistique qui regroupe une douzaine d'architectes revendiquant le troc et le hors norme dans l'acte de construire. Ce projet donne lieu à une édition : Le Grand Livre du Wood, Écogenèse (Ultra Editions, Le Relecq Kerhuon) qui modélise des constructions habitables et de design. Invitée en résidence à Quimper en 2015 par l'association Art4Context, elle mène, à travers son Agence Internationale, une enquête auprès des habitants auto-constructeurs, dont elle expose les savoir-faire techniques en regard des constructionsd'architectes tels que Jean Prouvé ou Richard Rogers. En télescopant plusieurs étapes d'un projet (de sa conception à sa réalisation), et en composant avec des natures d'images différentes, elle prend ses distances avec l'architecture des livres d'histoire pour l'appréhender comme une véritable source de fictions.

Catherine Rannou enseigne l'architecture à l'école Nationale supérieure d'architecture de Paris-Val de Seine, où elle a créé un cursus « Trans-Rural Lab » qui se déroule dans des friches issues de l'industrie agro-alimentaire. Elle met en situation réelle de projet et d'auto-construction, étudiants et habitants. En tant qu'architecte elle accompagne des auto-constructeurs et des associations dans la réalisation de leurs projets architecturaux. Par ailleurs, elle intervient à l'occasion de workshops ou de conférences dans les écoles d'art et expose régulièrement en France et à l'étranger, notamment au Quartier, centre d'art contemporain de Quimper ; au centre d'art passerelle, Brest ; à la Criée à Rennes ; à la Maison européenne de la photographie, Paris, au FRAC Nord-Pas de Calais, au festival EV+A à Limerick, Irlande ; à la Galerie Kunstraum Kreuzlingen, Suisse ; à la Verbeke Foundation, Kemzeke, Belgique...

 



(...) Mon travail consiste aujourd'hui à comprendre ce qui se déroule dans un lieu, un espace bâti, au sein même du groupe humain qui l'occupe, puis à décontextualiser ce travail et le revendiquer en tant qu'œuvre.


La restitution de mon travail prend la forme de comptes-rendus de ce qui se passe ailleurs, en dehors du lieu d'exposition, en dehors de l'atelier. Ils se formalisent au sein d'installations mettant en relation aussi bien des vidéos, que des photos, des dessins, des cartes manuscrites, des maquettes etc. provenant de la collecte effectuée in situ. Les éléments composant l'installation sont choisis selon des critères à la fois poétiques et politiques. Je tente d'épuiser un lieu, de capter les éléments qui font que petit à petit un espace est habité, occupé par une personne, une famille, une communauté.
À la façon d'une scientifique je relève, mesure et inventorie avec mes protocoles et unités de mesure.
À la façon d'une architecte j'analyse l'espace construit, son rapport au paysage et aux usages.
À la façon d'une artiste je décide délibérément d'intégrer de l'usage dans mon travail plastique et d'être acteur engagé dans la fabrication, la construction (dans son sens le plus large) de notre territoire et de son habité.

 

Catherine Rannou

 

Ecouter l'entretien avec Catherine Rannou réalisé par Espace Digital Sporadique