Depuis mes débuts en vidéo et performance, mon travail enregistre le passage du temps à travers la mise en évidence de processus d'effacement et d'évidement. Les recherches, que j'entreprends dans la réalité, font l'expérience de la déperdition (perte de temps, perte d'énergie, improductivité, boucle, effacement etc.) et d'espaces lacunaires dans lesquels celle-ci peut se manifester (écran blanc, espace vide, trou de mémoire). J'explore différentes manières de construire des images à travers des formes simples par la performance, la vidéo, la photographie, la sculpture ou l'installation.

Depuis 2013, j'ai ajouté à mon répertoire de travail, une recherche expérimentale avec les odeurs et les arômes qui prennent la forme de parfums, d'installations et de dessins ou encore de performances culinaires et olfactives. La puissance mnésique et affective des odeurs modifie les manières de mettre en jeu la mémoire dans les représentations et les récits que je compose. Le caractère évanescent et insaisissable des odeurs est en lien avec le travail de perte et d'effacement que j'ai pu explorer dans mon travail antérieur en vidéo, photo et installation. Obligé de respirer, le spectateur est obligé de sentir. Cet aspect paradoxal d'une absence pourtant présente, invisible mais intimement pénétrante me captive.

Ce qui m'intéresse, c'est de reconfigurer la perception que nous pouvons avoir d'un espace donné et de provoquer des renversements de perception dans sa représentation, une rupture entre l'expérience présente et sa représentation passée. Les odeurs sont pour moi le matériau idéal pour poursuivre plus en avant mon travail sur la construction des images en relation avec un souvenir et sa mise en récit.

Julie C. Fortier est née en 1973 à Sherbrooke (Québec, Canada) et vit à Rennes depuis 2001. Diplômée en 2015 de l'école de parfumerie Le Cinquième Sens à Paris, elle est aussi titulaire d'une maîtrise de l'École des arts visuels et médiatiques de l'Université du Québec à Montréal. Son travail de performance a récemment
été présenté à La Maison Rouge à Paris, au festival de Beaufort à Oostende, lors de ThinkThinkThink à Nantes. Il fera l'objet d'une exposition personnelle au Musée des Beaux-arts de Rennes en septembre 2017 et a aussi été exposé lors de La nuit blanche de Toronto (2016), Lille 3000 au Tripostal (2015), Vertiges au Centre
d'art Micro-Onde à Vélizy-Villacoublay (2014) et Art by Telephone au Emily Harvey Foundation à New York (2012).