Envisagé comme une synthèse de l'idéologie alternative Do It Yourself et de l'utopie de la cellule familiale de l'American Way of Life, le bricolage est central dans le travail d'Hoël Duret. Ce qui l'intéresse dans ce processus de construction amateur n'est pas tant l'esthétique de-bric-et-de-broc qu'il véhicule mais bien de trouver, montrer et démontrer que dans l'économie contrainte existe une intelligence productiviste. Soucieux de soutenir son travail plastique par un corpus théorique, Hoël Duret a réuni ses recherches quant aux modes alternatifs de fabrication dans une auto-édition dont le titre I Can Do Anything Badly (je peux tout faire même mal) sonne comme un slogan introductif de toute sa production.

Tout procède d'un aller/retour entre usinage et fait-main avec l'intention affichée de faire poésie d'un geste qui feindrait l'industriel. Car le jeune artiste français a su tirer les leçons des générations qui l'ont précédées. Son regard sur la création s'est, en effet, construit dans une seconde moitié des années 2000 profondément marquée par une réinterprétation des canons modernes et modernistes frisant parfois le fétichisme. Mais s'il manipule les mêmes codes que ses ainés, Hoël Duret n'entretient aucune fascination pour les formes du moderne. Au contraire, c'est dans le jeu critique qu'il s'en saisit, les ausculte, les amende, les bouscule, au risque de les mettre en danger. On pourrait voir, en somme, son travail comme un lieu de test de la résistance de ces formes.

H. D., octobre 2013