Sharon KIVLAND

 

 

Vues de l'exposition Natural Education, Bast'art, Bratislava, 2008. Photo : DR
 
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Qu'est-ce que Jean-Jacques Rousseau nous dit ? Il dit que nous sommes nés faibles, que nous naissons stupides, sans jugement, non préparés, nous avons besoin d'aide. Cette aide nous viendra de l'éducation, qui nous cultivera comme des plantes. Autonomes, observant le monde autour de nous, nous apprendrons les conséquences de la liberté, du choix. Retirés de la société qui nous corrompt, nous allons revenir à notre état naturel, comme la fille sauvage de la forêt de Champagne, nous ne suivrons pas les règles, mais nous allons apprendre des conséquences de nos actions ; plus tard quand nous aurons développé notre capacité de jugement, nous pourrons lire de la littérature et de la philosophie. Comme Emile, Sharon Kivland vit dans la campagne française, bien qu'elle aille souvent à Londres pour des séminaires sur la philosophie, la politique et la psychanalyse. Elle a fait remarquer que Jean-Jacques, malgré ses nombreuses belles qualités, en dépit de ses déclarations sur l'égalité morale et politique, a un programme d'éducation assez différent pour les filles (ce qu'elle désapprouve parce qu'elle ne s'y retrouve pas), de sorte qu'elle se tourne plutôt (naturellement) vers Choderlos de Laclos. Admirateur de Rousseau, il préconise néanmoins avec ferveur l'égalité des sexes, s'attardant sur «la femme-naturelle», pour qui seule une révolution peut changer sa condition actuelle d'esclavage - et là où il y a esclavage il ne peut y avoir d'éducation (ajoute-t-il).
      En relation avec ses réflexions sur l'esclavage, le travail, la révolution, et le désir, Sharon Kivland présentait quinze robes en lin brodés (comme portées par la jeune fille sauvage de la forêt de Champagne, quand elle est domestiquée peut-être ? Non, non, c'est simplement fantaisiste - ce sont des chemises de nuit d'ouvrières, quoique déclarent les textes brodés sur la robe), et une sélection d'autres œuvres sur ses sujets favoris, y compris certaines petites peaux de chevreaux (un rappel des relations naturelles), une série de photographies de ces savons français appelés «Bonne Mère» (si utiles comme instrument punitif afin obtenir un langage correct), les cartes de visite en cuir avec des descriptions du corps transgressif de cette femme naturelle du "demi-monde", Nana, que l'artiste s'est appropriée par le biais d'un simple changement de pronom (où était écrit "elle" elle a écrit "je"), et enfin des crayons, des mouchoirs, et des exercices d'écriture du fils de l'artiste "touchants" et "tremblants".
Le projet était éducatif, destiné à susciter les rires convulsifs, à provoquer une joie hilare et de nombreuses contradictions.