Depuis son arrivée à l'extrême ouest du continent européen, en 2007, Sylvie Ungauer s'intéresse à la question du paysage du littoral tout en poursuivant un travail sur la question de l'abri, de l'habitat et des architectures portables. C'est en confrontant la série photographique qu'elle entreprend sur les blockhaus de la côte de Brest à l'événement : l'arrestation d'une journaliste au Soudan en juillet 2009*, qu'il lui est venu l'idée de travailler plus particulièrement sur ce vêtement qui ressemble formellement à un bunker, la burqa. *Depuis son arrestation parce qu'elle portait un pantalon dans un restaurant de Khartoum, la capitale du Soudan, Loubna Ahmed al-Hussein se bat contre l'article 152 du code pénal soudanais qui prévoit des coups de fouet contre ceux « qui violent la moralité publique ou portent des vêtements indécents».
Les blockhaus du mur de l'Atlantique ont été conçus et construits par l'organisation Todt, groupe de génie civil et militaire de l'Allemagne nationale-socialiste pendant la Seconde Guerre Mondiale. Toujours en place, ces architectures font partie intégrante du paysage du littoral brestois. Les dessins des couvre-chefs de Sylvie Ungauer sont basés sur des représentations en trois dimensions trouvées sur internet et sélectionnés dans l'ensemble des modèles blockhaus créés par cette organisation.
Modèles réduits de dix blockhaus réellement construits, ces Bunker-burqa sont conçus pour être des architectures portables. Objets inclassables, tout autant coiffes, vêtements que sculptures, ils sont armés d'une structure métallique extrêmement légère, et recouverts d'un feutre brut de couleur grise, matériau isolant, souple et rigide à la fois. Ces sculptures sont présentées sur des portants. Ils ont été réalisés à Saint Hilaire Peyroux en Corrèze en collaboration avec Brigitte Paillet, modiste (« Mes chapeaux et moi ») et meilleure ouvrière de France et Jean-Marc Dufour, sculpteur.
Pour donner vie à ses Bunker-burqa, incarner un possible « être-avec / être dedans », Sylvie Ungauer s'est associée au chorégraphe Gaël Sesboüé, au compositeur-musicien Paul Laurent, et à un groupe de danseurs amateurs brestois. Prêt-à-porter est une performance s'inspirant des codes du défilé de mode. Le présentateur du défilé lit en allemand puis en français, les titres des modèles présentés tirés de l'index des constructions normées allemandes (Regelbauten). A partir d'un travail d'observation au quotidien des « corps portants » dans l'espace urbain, la mise en scène de ces architectures portées questionne la standardisation des corps et le glissement de l'espace d'exposition vers l'espace d'activation par un espace de jeu divisé en deux parties : l'une est un espace vestiaire qui est aussi l'espace d'exposition où les formes sont disposées en attente d'être « portées », l'autre est le showroom en interactivité avec le public.