 |
| |
 |
| |
 |
| |
 |
Quels seraient les meilleurs moyens de perfectionner l'éducation des femmes ? Exposition organisée par le Frac Bretagne et le Centre international d'art contemporain, Pont-Aven, 2009. Photo : DR
|
| |
Non sans ironie, Sharon Kivland reprend à son compte les réflexions de Choderlos de Laclos dans l'essai De l'éducation des femmes et intitule son exposition Quels seraient les meilleurs moyens de perfectionner l'éducation des femmes ? Puisant dans la connaissance fine qu'elle a de l'histoire des idées des XVIIIe et XIXe siècles, elle propose un ensemble d'œuvres en forme de réponses aux questions les plus répandues liées à la formation des jeunes filles. S'agit-il de faire de celles-ci des maîtresses de maison accomplies, expertes dans l'art de la couture et de la toilette ? Faut-il les tenir pour gardiennes de la tradition des valeurs morales, pureté, honneur, travail, fidélité ... ? Quelle place réserver à l'acquisition de connaissances considérées comme l'apanage des hommes, philosophie, politique ? Face à ces interrogations, Sharon Kivland répond par le décalage, le déplacement des idées, des mots, des images et des objets. La première étape de cette stratégie réside dans l'organisation des espaces de l'exposition qui évoquent tour à tour la salle de classe et le boudoir. La plus grande galerie, suggère davantage par les accessoires de présentation, pupitre, vitrine, ou certains éléments graphiques des œuvres, écriture, page de cahier, un lieu dédié à l'apprentissage scolaire, l'étude et l'application. L'autre pièce, de dimensions beaucoup plus modestes, évoque plutôt l'intimité féminine d'un boudoir peut-être libertin : secrétaire, chaise et livres s'y côtoient. Les œuvres s'organisent par ensembles qui font écho à l'esprit des lieux. Du côté de la salle de classe, l'abécédaire, la lecture, les pages d'écriture, l'histoire naturelle ou révolutionnaire, l'atelier de modelage mais aussi la correspondance intellectuelle et amoureuse de Diderot avec sa maîtresse Sophie Volland ; à l'abri des regards importuns dans le boudoir, le pouvoir discrètement suggestif des mains jointes, des lèvres entr'ouvertes, la présence de gants, accessoires de la séduction par excellence. Un réseau de correspondances se tisse d'une série à l'autre fondé sur des mots d'esprit et des jeux d'apparences, les dialogues subtils de l'intime et du collectif, de l'ancien et du contemporain. Un souffle légèrement irrévérencieux traverse les valeurs établies avec humour et légèreté, qui au-delà de la seule condition féminine, permet d'aborder des problèmes communs à toute société humaine : éducation, identité, travail, désir, esclavage et liberté.
Brigitte Charpentier, texte tiré du Journal d'exposition. |
| |
+ See more works
|
|
|